Avec Le Parc, crée en 1994 pour les danseurs du Ballet de l’Opéra, Angelin Preljocaj s’interroge avec lucidité sur le cheminement des passions et la guerre des sexes.
Jeux de l’amour, dans un jardin français
À la recherche de ce qu’il reste encore d’un « art d’aimer », Angelin Preljocaj a visité la littérature des dix-septième et dix-huitième siècles français, qui ont fait pousser une floraison de codes et de comportements amoureux, de la sublimation platonique au libertinage : sentiments pudiquement contenus de La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette, ou audaces diaboliquement calculées des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, en passant par la Carte du Tendre de Melle de Scudéry – précieux jeu de l’oie de la conquête du coeur – sans oublier les miroirs trompeurs du travestissement cher à Marivaux.
Guidé par des musiques empruntées à Mozart (quelques uns des plus beaux adagios de ses concertos pour piano), le chorégraphe plante – en trois actes – son petit théâtre des stratégies galantes, cruel échiquier des passions, dont l’enjeu est l’éclosion de l’amour vrai.
Le décor du Parc n’est pas réellement bucolique, et s’il garde quelque apparence de jardin pour ébats amoureux, de labyrinthe propice aux parties de cache-cache métaphoriques du fruit défendu, la nature s’y trouve contrôlée, architecturée, précisément « dénaturée » : les bosquets sont taillés au chalumeau, et les branches d’arbres émondées en forme de cages pour retenir les cœurs prisonniers. Le ciel lui-même, lourd de nuages qui s’amoncellent, fait peser des menaces d’orage sur les âmes tourmentées.
En ces lieux inhospitaliers, un quatuor de jardiniers – modernes cupidons aux lunettes noires (l’amour est aveugle !) – rythme la mécanique des affrontements sentimentaux : on s’observe, on s’aguiche, on se désire, on se refuse.
Avec leur aide industrieuse, les forteresses de l’orgueil finiront par céder, libérant des ardeurs trop longtemps réprimées.
Extrait du programme Le Parc
Avec l’aimable autorisation de l’Opéra national de Paris
Gratuit, dans la limite des places disponibles / Durée : 1h40
Localisation :
6 Rue Fradin, 17320 Marennes-Hiers-Brouage, France